La communauté OFALycée, animée par sa curiosité et sa passion pour la lecture, se retrouve chaque mois au Book Club OFA. Nathalie Guérin, parent d'élève et Présidente du Club, partage ci-dessous les échanges passionnants autour du livre du mois, « Le mage du Kremlin » de Giuliano Empoli.
Tendez bien l’oreille ! Dès le préambule, dans Le mage du Kremlin de Giuliano Empoli, vous percevez les trois coups sur le plancher de la scène. Le ton est donné : « Ce roman est inspiré de faits et de personnages réels, à qui l’auteur a prêté une vie privée et des propos imaginaires. Il s’agit néanmoins d’une véritable histoire russe. » Le rideau se lève. Le narrateur, confortablement installé dans un fauteuil au coin du feu, dévoile les coulisses du pouvoir. Le contraste entre ce décor douillet, propice aux confessions, et le contenu du récit est saisissant. La plongée en apnée qui en résulte est à la fois passionnante et glaçante, et vous n’en sortez pas indemne.
Le 5 février dernier, nous avons échangé sur de nombreux sujets liés à cette (in)croyable fiction politique et même au-delà. Les quelques extraits ci-dessous vous intrigueront peut-être suffisamment pour vous y immerger aussi. N’oubliez pas de respirer !
A noter qu’une traduction anglaise a été publiée en novembre 2023 et qu’une adaptation cinématographique vient de sortir, avec entre autres Jude Law (Stalingrad, 2001) et Tom Sturridge (Sandman, 2022-25). Aussi, du même auteur : Les ingénieurs du chaos, 2019 et L’heure des prédateurs, 2025.
-Nathalie Guérin – Parent d’élève à OFALycée & Présidente du Club -
Extraits :
« Quand Zamiatine convainc son ami Chostakovitch de composer la Lady Macbeth de Mtsensk, poursuivit-il, c’est parce qu’il sait que l’avenir de l’URSS dépend de cette représentation. Que la seule façon d’écarter les procès politiques et les purges est de réintroduire la singularité de l’individu qui se rebelle contre l’ordre planifié. Et quand Staline se lève, furieux, et sort du Bolchoï après le troisième acte, c’est parce qu‘il sait que la liberté du compositeur et de ses personnages est un défi direct à son pouvoir, à son projet artistique global…On applique à la lettre l’injonction de Lénine : « il est nécessaire de rêver », mais le seul rêve permis est celui de Staline ; tous les autres doivent être supprimés. » (P. 32)
« Première règle : ne pas être ennuyeux. Tout le reste était secondaire… C’est pourquoi presque chaque jour nous accouchions d’une nouvelle idée, un peu plus absurde que la précédente » (P. 77)
« Dans chaque révolution, il y a un moment décisif : l’instant où la troupe se rebelle contre le régime et refuse de tirer…Imaginons maintenant que le pouvoir n’ait plus besoin de la collaboration humaine… Une armée de capteurs, de drones, de robots capables de frapper à n’importe quel moment, sans la moindre hésitation. » (P. 269-270)